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Tribune Le Monde, publiée le 01 juin 2024 à 08h00

Temps de lecture : 4 minutes
Tribune Le Monde, publiée le 01 juin 2024 à 08h00

[TRIBUNE] « Il faut cesser l’instrumentalisation des JO pour seule intention de faire des indépendants les “low cost” de l’emploi »


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[TRIBUNE] « Il faut cesser l’instrumentalisation des JO pour seule intention de faire des indépendants les “low cost” de l’emploi »

A l’approche des Olympiades, une petite musique se fait doucement entendre sur l’opportunité que représenterait le travail indépendant pour combler les recrutements difficiles dans les secteurs en tension. Vraie bonne idée ou prélude à la création d’un nouveau régime de l’emploi au rabais.

Si le régime de l’auto-entrepreneur connaît un vrai succès, il doit rester cette porte vers la liberté universelle d’entreprendre auxquelles aspirent celles et ceux qui y ont recours depuis sa création. Pour l’UAE, Union-Indépendants et la CFDT, les auto-entrepreneurs n’ont pas vocation à devenir les « low cost » du salariat, pas plus que la variable d’ajustement à bon compte du CDD ou de l’intérim. Il s’agirait d’une forme d’extension des dérives amenées par l’ubérisation et l’organisation du travail par les plateformes.Alors que le gouvernement a déjà par deux fois pris le prétexte des JO pour apporter des dérogations majeures au code du travail, en entretenant la confusion entre travail indépendant et salarié, il risquerait d’ouvrir la voie à une modification préjudiciable des règles de l’entrepreneuriat individuel et particulièrement du régime de l’auto-entrepreneur.Disons-le clairement, ce régime n’est pas construit pour contourner les règles du salariat. S’engager dans les prémices d’une confrontation entre ces deux formes d’activités professionnelles serait parfaitement préjudiciable, aussi bien sur le plan économique que social.Par extension, ce serait une chimère de laisser imaginer que dès qu’un employeur ou une branche professionnelle rencontre des difficultés de recrutement, il pourrait recourir à un sous-traitant «subordonné», sans répondre au code du travail qui régit les liens de subordination.

Salariat et indépendance se complètent, ils ne se remplacent pas !

Les secteurs dits « en tension » doivent-être repensés, car l’essoufflement des embauches témoigne davantage de la dureté des conditions de travail et d’emploi, de la faiblesse des rémunérations, d’un déficit d’anticipation en matière de formation, bref d’une absence d’attractivité globale qui perdure dans ces secteurs depuis des décennies.Court-circuiter la pénurie en détournant les indépendants de leur autonomie ne ferait que jeter toute une population dans une sorte de précarité, car personne ne pourrait croire que ces « indépendants-intérimaires » seraient mieux rémunérés et protégés pour ces mêmes activités que des salariés introuvables.Les travailleurs indépendants sont porteurs de leur propre projet, ils n’ont pas pour fonction d’être utilisés par des employeurs pour panser l’hémorragie de main-d’œuvre des secteurs concernés.

La réalité du travail doit être regardée avec objectivité. Les travailleurs salariés sont subordonnés, et ils doivent être protégées en raison de ce lien hiérarchique.

De leur côté, les travailleurs indépendants ont fait le choix d’être leur propre employeur et de ne pas être des subordonnés. Ils négocient leurs missions avec leurs clients donneurs d’ordres dans une relation commerciale, fixant le temps passé, leur valeur, leurs horaires, leurs tarifs... L’UAE et Union-Indépendants s’attachent justement à professionnaliser les auto-entrepreneurs et à les accompagner dans la construction de leur pleine indépendance et de leur protection sociale. Cependant ceci ne doit pas occulter le fait que les travailleurs indépendants ont besoin d’être mieux protégés socialement. Si la représentativité des indépendants était entièrement prise en compte leurs droits et devoirs sociaux pourraient être mieux discutés et construits.En tous les cas, il faut faire cesser cette instrumentalisation des JO, au nom de l’image de la France, qui a pour seule intention de faire des indépendants les « low cost » de l’emploi. Il n’est pas acceptable de profiter de ces quelques semaines d’Olympiades pour convertir les auto-entrepreneurs en victimes d’une forme de prédation sociale, si l’on en juge par les forçats de la livraison à vélo, utilisés par les plateformes, et souvent dans des conditions indécentes. Il est aussi parfaitement naïf de croire que ces pratiques légalisées s’arrêteraient à la ligne d’arrivée du marathon des JO.Ces politiques créeraient une nouvelle catégorie de travailleurs pauvres, qui remettraient en cause la vocation de l’entreprise individuelle et notamment du régime de l’auto- entrepreneur.

Tout comme des athlètes de haut niveau, les auto-entrepreneurs portent haut la flamme de la création d’entreprises et l’image du dynamisme économique français. Ces travailleurs indépendants attendent légitimement le respect de leurs ambitions et de leurs compétences dans leur disciplines respectives.

Nous ne pouvons pas laisser confisquer au nom des Jeux Olympiques, l’essor du travail indépendant dans notre pays par ceux qui voudraient réhabiliter une sorte de « tâcheronnage » du passé. Cela ne ferait que desservir la justesse de cette forme d’activité qu’est le travail indépendant, et fait abstraction de la nécessité de développer l’emploi de qualité dans les secteurs en tension.

François Hurel, Président de l’Union des auto-entrepreneurs 

Thomas Aonzo, Président d’Union-Indépendants

Marylise Leon, Secrétaire générale de la CFDT

Véronique ACHILLE REVILLOD, Secrétaire générale de la Fédération des Services (CFDT) 

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