Union des Micro-Entrepreneur
Auto-Entrepreneurs

L’auto-entrepreneuriat rend-il la France plus entrepreneuriale que le Québec?

Source : Publié par Marie-Christine Pota dans International, Tendances le 16 novembre 2009

L’auto-entrepreneuriat rend-il la France plus entrepreneuriale que le Québec?
Un nouveau virus frappe les Français : l’envie d’entreprendre! Française d’origine, j’ai été interpellée par la fièvre de l’auto-entrepreneuriat que connaît la France depuis le début d’année. Est-ce contagieux? J’ai voulu explorer un peu plus.

230 649. C’est le nombre de demandes de création d’entreprise sous le nouveau régime de l’autoentrepreneur selon les données de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). Wow! Semble que l’entrepreneuriat ne connaît pas la crise. Moi qui pensais la France plus « bureaucrate » et un peu plus paresseuse avec sa semaine de 35 heures, son fort taux de chômage et ses innombrables jours de congé, je me trompais.

Alors que la France vit un véritable tsunami entrepreneurial, le Québec, lui, n’a jamais été aussi pauvre en entrepreneurs. Presque deux fois moins d’expériences entrepreneuriales au Québec comparativement au reste du Canada. Est-ce que le Québec peut surfer sur la vague de l’autoentrepreneuriat? L’article du journal Les Affaires à ce sujet m’a fort intéressée. François Hurel, un des pères fondateurs de l’autoentrepreneuriat, y est interrogé. Il me conforte dans l’idée que le Québec peut renverser la vapeur et redevenir le Québec entrepreneurial tant idéalisé. Pour cela, il suggère de s’inspirer d’autres modèles et… d’attraper le virus de l’autoentrepreneuriat. En d’autres mots : développer l’intérêt, les valeurs et la culture entrepreneuriales, la culture du risque, de la persévérance et du travail acharné.

Le statut d’autoentrepreneur, une formule gagnante?

Mais qu’est-ce que l’autoentrepreneuriat, au juste, notamment en comparaison avec l’entrepreneuriat « tout court »?

D’abord, le statut d’autoentrepreneur, en vigueur depuis janvier 2009, rassure tous les créateurs en herbe. Moins de paperasse, une entrée en douceur dans le monde des affaires… l’envie d’entreprendre ne peut qu’être stimulée dans ces conditions. Il ne suffit que de 10 petites minutes pour s’immatriculer et démarrer son entreprise via Internet. Le tour est joué. Chacun peut prétendre être chef d’entreprise. Le Portail du gouvernement du Premier ministre français nous résume bien les avantages : formalités réduites au minimum, cotisations et charges sociales à taux réduits, charges fiscales proportionnelles au chiffre d’affaires. En bref, selon François Hurel, quand vous gagnez un euro, vous payez 13 % en charges sociales et fiscales. Si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien. Un vrai coup de pouce pour ceux qui souhaitent « tenter le coup » en affaires ou tout simplement ceux qui souhaitent augmenter leur pouvoir d’achat avec une activité complémentaire. Dans l’Hexagone, plus d’une entreprise sur deux est créée sous ce statut.

Faire le grand saut

Curieuse de prendre le pouls auprès de la population, j’ai bavardé avec un de mes amis français, un jeune graphiste. Il m’a confié qu’il a été littéralement emballé par ce statut… mais que la réalité l’a très vite rattrapé. Dans un pays comme la France, où le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 23 %, un des pires scores de l’OCDE pour reprendre les données du magazine Capital, il est très dur de faire sa place en tant qu’entrepreneur. Mon ami a fait faillite seulement 6 mois après avoir lancé son entreprise de graphisme en ligne. La raison : pas suffisamment de clients pour vivre. Ce témoignage vaut ce qu’il vaut. Il ne représente qu’un avis parmi les quelque 200 000 créateurs d’entreprises. Et peut-être que mon ami n’a pas fait « ce qu’il fallait ». Pourtant, l’évidence tombe sous le sens pour ce blogueur : « l’autoentrepreneur a peu de crédibilité vis-à-vis des partenaires et fournisseurs, notamment car il n’y a pas d’inscription à la chambre de commerce et aucune possibilité d’enregistrer officiellement un nom commercial. C’est le nom propre du créateur qui figure sur les documents officiels».

Dans les faits, le statut d’autoentrepreneur est donc ni plus ni moins que l’équivalent du statut de travailleur autonome au Québec. Et qui dit travailleur autonome dit entreprise individuelle. Habituellement, à moins de passer à la vitesse supérieure et de changer de statut d’entreprise, le travailleur autonome ne crée pas d’emploi et ne réussira pas, à lui seul, à assurer le développement économique d’une région, d’une province ou d’un pays.

Adopter le statut d’autoentrepreneur ou pas, telle n’est pas la question finalement. Il s’agit d’une nouvelle tendance, populaire et qui porte fruit, de laquelle le Québec peut s’inspirer, notamment pour cultiver la fibre entrepreneuriale et entraîner le muscle du risque chez ses citoyens. La France a trouvé cette solution pour contrer son problème de chômage. Ici, le modèle à développer est celui qui nous permettra de répondre à nos priorités. Le travail autonome se porte relativement bien au Québec. Ainsi, je suis d’avis qu’on pourrait pousser la machine un peu plus loin et amener nos entrepreneurs à viser encore plus haut.