Union des Micro-Entrepreneur
Auto-Entrepreneurs

Le boom entrepreneurial en France, une source d'inspiration pour le Québec

Source : Les Affaires – québec – Dubuc, André . L  – 26-09-2009

Le boom entrepreneurial en France, une source d’inspiration pour le Québec

La création d’entreprises explose en France depuis l’entrée en vigueur du nouveau statut d’autoentrepreneur, en janvier dernier.

À la fin de la première année du régime, 300 000 nouvelles entreprises auront vu le jour dans l’Hexagone, pulvérisant l’objectif initial de 200 000 créations. C’est dire que plus de 800 entreprises sont fondées chaque jour.

La recette du succès : simplification administrative – il faut 10 minutes pour démarrer une entreprise sur Internet – et fiscale – la facture des impôts et des charges sociales est proportionnelle aux revenus.

Cet éveil de l’entrepreneuriat chez nos cousins peut servir d’inspiration pour le Québec, où il se crée deux fois moins d’entreprises que dans le reste du Canada.

Nous nous sommes entretenus avec François Hurel, un des pères de cette révolution. Il explique que l’entrepreneuriat a besoin d’un terreau fertile pour prendre son essor. Et il exprime toute son admiration pour le Fonds de solidarité FTQ, dont il souhaite récupérer l’idée.

Journal Les Affaires – Comment expliquer la révolution entrepreneuriale que vit la France ?

François Hurel – Il y a eu un tournant en 1994. Avec la Loi relative à l’initiative et à l’entreprise individuelle [aussi appelée loi Madelin], pour la première fois, on reconnaissait que les entrepreneurs n’étaient pas le fait de la génération spontanée. Il fallait un terreau fertile. Il fallait engager de vraies politiques pour favoriser l’entrepreneuriat. Par la suite, les choses se sont accélérées pour aboutir à l’entrée en vigueur de la Loi sur le statut d’autoentrepreneur, en janvier dernier.

JLA – Qu’est-ce que le concept d’autoentrepreneur ?

F.H. – C’est la simplification des charges sociales et fiscales poussée à son maximum. Quand vous gagnez un euro, vous payez 13 % en charges sociales et fiscales. Si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien. On a instauré l’impôt à taux unique en France : c’est une révolution. De plus, on a permis l’émergence de  » polyactivités « , c’est-à-dire qu’une personne peut exercer facilement plusieurs activités à la fois : être étudiant et entrepreneur, être salarié et entrepreneur ou être retraité et entrepreneur.

JLA – Quels ont été vos modèles pour élaborer ce statut d’autoentrepreneur ?

F.H. – Il y a en plusieurs. Dès 1996, j’ai rencontré les gens de la Fondation de l’entrepreneurship au Québec. Il y a aussi les SEBRAE, au Brésil, des instruments régionaux qui proposent des outils au service de l’entrepreneur. L’Australie est aussi un modèle par sa simplicité administrative extraordinaire.

JLA – L’entrepreneuriat s’essouffle au Québec. Que peuvent apprendre les Québécois de l’éveil entrepreneurial en France ?

F.H. – Je ne voudrais pas donner de leçons au Québec, j’y ai beaucoup appris. Par contre, il doit passer à la vitesse supérieure, et le statut d’autoentrepreneur est un moyen de le faire. Certaines initiatives françaises peuvent aussi inspirer le Québec. Il y a le salon des entrepreneurs, une foire de la création d’entreprises où tous les acteurs en entrepreneuriat ont la possibilité de se rencontrer.

Pour ma part, si j’avais une leçon à prendre du Québec, je retiendrais celle du Fonds de solidarité FTQ.

JLA – Le Fonds de solidarité FTQ n’est pourtant pas à l’abri des critiques. Qu’y trouvez-vous de si exceptionnel ?

F.H. – Le Fonds FTQ est une incroyable machine qui permet de faire ce dont j’ai toujours rêvé.

Au départ, il a mis en place des fonds spéciaux pour les nouveaux entrepreneurs, une politique territoriale de proximité. Ça signifie que, vous et moi, avec le Fonds, sommes incités à aider à la création de nouvelles entreprises. On ne s’appuie pas sur le caractère anonyme des fonds d’investissement qui se promènent de par le monde. On voit l’entreprise que l’on aide. C’est l’épargne du coeur, le love money.

Certes, le Fonds de solidarité est passé à d’autres dimensions. Mais pour moi, il demeure un modèle, une idée généreuse, que je voudrais implanter en France.