Union des Micro-Entrepreneur
Auto-Entrepreneurs

Travaillons à un plan d’urgence pour libérer l’activité

Le point de vue de François Hurel, Président de l’Union des Auto-Entrepreneurs

Les Echos – le 7 janvier 2016

L’activité indépendante est devenue le premier gisement d’emplois en France. Le gouvernement doit pousser son développement tout en créant des filets de sécurité.

L’annonce en fin d’année d’un plan cosmétique de réforme du RSI, comme celle du changement de dénomination de l’autoentrepreneur en microentrepreneur (alors que c’est au contraire le régime des microentreprises qui va converger vers celui de l’autoentreprise), laisse songeur. Nos dirigeants ne seraient-ils pas en train de passer à côté du tout premier gisement d’activité en France, le travail indépendant, et de sa tête de pont qu’est l’autoentrepreneuriat ? La présentation imminente de projets gouvernementaux pour libérer l’activité va en apporter la réponse.

On sait maintenant que l’emploi de demain ne sera pas le CDI, mais qu’il sera fait de travail salarié et de travail indépendant, c’est-à-dire d’activités. L’autoentrepreneur, qui créera lui-même son emploi, s’associera à d’autres, collaborera avec les plates-formes numériques ou viendra travailler dans l’entreprise, y a toute sa place. Si tous les spécialistes s’accordent à reconnaître que notre rapport à l’activité est en train de basculer, que le salariat omnipotent a vécu et que l’essor du travail indépendant, plus qu’une donnée économique, est devenu un véritable enjeu de société, nos gouvernants ne lui ont jusqu’ici pas donné les moyens de prospérer dans les meilleures conditions.

Débrider le développement de l’autoentreprise

Ainsi le développement de l’autoentreprise, qui porte en lui la création de milliers d’activités, est aujourd’hui bridé par trop de lourdeurs administratives, de rigidités juridiques et fiscales, et par des seuils qui entravent son développement. Il est surtout la victime de la suspicion générale qui plane sur le travail indépendant, celle pour parler sans tabou de le voir se substituer au travail salarié. Le risque de requalification, qui fait frémir les entreprises recourant régulièrement aux compétences des autoentrepreneurs, n’est rien d’autre que cela.

Ce raisonnement est bien sûr à courte vue, car l’avènement de l’économie numérique et collaborative nous montre que la nouvelle économie a besoin de contributeurs indépendants aux côtés des entreprises et que les cloisons étanches ne tiennent plus. Débrider l’initiative sera au contraire laisser l’autoentrepreneur prendre sa place dans l’entreprise, ce ne sera pas l’inféoder à celle-ci via du portage salarial, ce qui reviendrait à diluer son identité. Ça ne sera pas non plus isoler le travail numérique et collaboratif des autres métiers exercés en indépendant pour lui appliquer des règles spécifiques.

Sécuriser les travailleurs indépendants

Mais le développement du travail indépendant aura bien sûr un prix, celui de la sécurité. Nous ne voulons pas du modèle américain, où un actif sur trois est aujourd’hui indépendant (peut-être seront-ils plus de la moitié de la population active en 2020), mais qui n’a pas su inventer de régime protecteur. Ainsi les 160.000 chauffeurs californiens ayant utilisé la plate-forme Uber depuis 2009 peuvent aujourd’hui rejoindre une « class action », et nous sommes déjà impactés, avec la création en novembre dernier du premier syndicat de chauffeurs de VTC sur notre territoire.

La France restera elle-même si elle parvient à libérer l’activité indépendante tout en la protégeant, notamment sur la question non traitée aujourd’hui de la perte subite d’activité. Nous consoliderons le développement des indépendants si nous leur supprimons de ce fait le risque de précarité redouté par tous les Français et qui rejaillit en cascade sur les difficultés à obtenir un prêt, à louer un logement ou même à ouvrir un compte en banque. Mettre à profit ce réservoir d’actifs, qui, loin de concurrencer le salariat, va au contraire démultiplier l’activité et stimuler la création de sociétés et, donc, d’emplois salariés.

Les auto-entrepreneurs sont un potentiel pour notre pays. D’un million aujourd’hui nous pouvons passer à deux demain. Ne laissons pas passer cette chance, donnons-leur les moyens de se développer et offrons-leur une protection sociale convergente qui se rapprocherait de celle de nos salariés.

 

Source : Les Echos le 7 janvier 2016

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